9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 11:36

 

Grands fonds de la forêt émeraude océane

Où nage un singe en feu

Où s’envole un dauphin

Dans la moiteur de rhum des jungles sous-marines

Illuminées d’orchidées carnivores épiant l’oiseau

Parmi la copulation incessante des espèces

Puisant la vie la mort en d’âcres voluptés

Fustigées de serpents.

 

Ici au sein de la forêt vierge de l’Origine

S’enfoncent, vaisseaux coulés dans la vase

Les temples verts des peuples du Soleil

Avec leurs statues de dieux gangrénées

Par la poussée invincible des racines des lianes

La corrosion des pluies qui effacent les traits d’un

     nez d’une paupière

Tandis qu’un lézard émerge d’une bouche éclatée :

Langue s’efforçant de formuler la première syllabe

     d’une vague parole.

 

Derrière ces façades éventrées que maintient seule

     en place la fureur végétale

S’ouvrent des corridors infestés de fantômes

Des puits ensevelis où l’eau livrée à elle-même ne

     cesse de se noyer

Et des salles aux murs recouverts d’écriture.

Certains signes persistent d’autres sont mutilés

Par le ruissellement de milliers d’orages.

Pourtant les mots sacrés continuent sourdement

     de briller

Sur les pages-parois de ce temple aboli

Qui n’en finit pas de prier

De tout son alphabet torturé

Un dieu peut-être mort

                                     déclassé

                                                        remplacé

parti sans laisser d’adresse

                                     de nom

                                                        de pedigree.

 

 

 

Marc Alyn

Les Alphabets du Feu

iD Livre, 2002 

SG