8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 06:10

 

Je chuchotai au houx…

Je perçus le bruissement d’une réponse — noir,

Noir, noir, tronc en train d’armer l’éclair d’un recul

Vers un nid clos d’armes brisées,

Ou calmar s’enfuyant sous des nuages de protection.

Je cueillis une feuille épineuse. Aucune protestation.

Des lueurs tremblèrent, me surveillant.

 

Je chuchotai au bouleau…

Mon souffle s’insinua dans un monde de frissonnements.

Était-il voilé ?

À lui-même sa propre fontaine

Il prétendit être absent de lui-même, ou devenu air

Passant au filtre de ses doigts,

Tant que son tronc devint pâle, pareil à image dans l’eau,

Alors je sentis ma propre substance de fantôme —

 

J’allai plus loin, sans regarder autour de moi,

Essayant d’entendre

Les cris qui ne devaient pas manquer d’accompagner

Tous ces gestes de jeunes filles bras en l’air, cette foule de bossus

    Immobilisés

En trébuchant dans les fougères et les ronciers —

 

Silence.

 

Arbres, c’est votre étrangeté, dans le bois sombre,

Qui m’horrifie à ce point

Que je n’ose plus entendre le bruit de mes propres pas.

 

 

 

 

 

Ted Hughes

Poèmes 1957-1994

Traduit de l'anglais par Valérie Rouzeau

et Jacques Darras

Gallimard, 2009 

SG