14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 08:18

 

De tous les Sons dépêchés par les Airs,

Nul pour moi n'a de Charge égale

À ce rythme ancien dans la Ramure

Cette Mélodie sans paroles —

Que fait le Vent — œuvrant comme un Cardeur

Dont les doigts Peignent le Ciel —

Laissant flotter — des floches d'Harmonie — 

Perçues des Dieux — et de moi —

 

Oui, pour nous, c'est un Héritage  —

Que l'Art ne peut acquérir  —

Ni le Voleur par son adresse

Ravir, car ce Bien-là

Ne s'obtient pas à l'aide de doigts —

Plus intime que l'Os — 

Or celé, pour l'ensemble des Jours,

Et même dans l'Urne,

Qui sait si la joyeuse Cendre

Ne se lèvera pas

Pour danser à sa façon bizarre

Lors d'une plus étrange Fête,

Quand les vents feront leur ronde en Fanfare  —

Et tambourineront sur la porte,

Et que, là-haut, prendra place

L'Orchestre des Oiseaux.

 

J'implore la grâce des Ramures d'Été

Pour qui — si tel Paria existe —

N'a jamais entendu ce pur Cantique —

Solennel  — de l'Arbre — s'élever,

Comme si une Caravane de Sons

De Déserts venue, dans le Ciel,

S'était Débandée,

Puis ralliée, pour filer —

En une Troupe Serrée —

 

 

 

 

Emily Dickinson

Poèmes

Traduction par Claire Malroux

Belin, 1989

 

 

 

                        ♦

 

 

 

Of all the Sounds despatched abroad,

There’s not a Charge to me

Like that old measure in the Boughs –

That phraseless Melody –

The Wind does — working like a Hand,

Whose fingers Comb the Sky –

Then quiver down — with tufts of Tune –

Permitted Gods, and me –

 

Inheritance, it is, to us –

Beyond the Art to Earn –

Beyond the trait to take away

By Robber, since the Gain

Is gotten not of fingers –

And inner than the Bone –

Hid golden, for the whole of Days,

And even in the Urn,

I cannot vouch the merry Dust

Do not arise and play

In some odd fashion of its own,

Some quainter Holiday,

When Winds go round and round in Bands –

And thrum upon the door,

And Birds take places, overhead,

To bear them Orchestra.

 

I crave Him grace of Summer Boughs,

If such an Outcast be –

Who never heard that fleshless Chant –

Rise — solemn — on the Tree,

As if some Caravan of Sound

Off Deserts, in the Sky,

Had parted Rank,

Then knit, and swept –

In Seamless Company –

 

 

 

Emily Dickinson 

SG