4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 08:47

 

                               I

 

 

Un palmier maussade est sa propre contre-figure.

Il récapitule ce qu'il a vécu. Il papote sur tout

l'envers du visible, avec des allusions voilées au secret.

 

 

 

                               II

 

 

Je souffre de voir un arbre triste.

Je lui parle à voix basse de Platon :

« Le Cosmos est un grand être vivant

dont l'harmonie révèle l'unité occulte.

L'esprit de la Terre est lié au corps de la Terre

comme l'intérieur d'une chose à son extérieur.

Pour cela, les mouvements et les évolutions de l'un

expliquent par analogie ceux de l'autre

et s'expliquent aussi par ceux de l'autre. »

Attentif, le palmier citoyen

attend que je finisse de pérorer

pour pouvoir s'exclamer :

« Je suis en train de m'étouffer ! »

 

 

 

                          ______

 

 

 

 

                               I

 

 

Una palmera mústia és la contrafigura d'ella mateixa.

Fa el recompte del que s'ha viscut. Parloteja sobre allò

recòndit del visible, amb allusions dissimulades al secret.

 

 

 

                               II

 

 

Em dol de veure un arbre trist.

Li parlo en veu baisa de Plató:

«El Cosmos és un gran ser vivent

l'harmonia del qual revela la unitat oculta.

L'esperit de la Terra va lligat al cor de la Terra

com l'interior d'una cosa al seu exterior.

Per això, els moviments i les evolucions de l'un

expliquen per analogia els de l'altre

i s'expliquen també pels de l'altre.»

Atenta, la palmera ciutadana

espera que acabi la perorata

per a poder-se exclamar:

«Que m'estic ofegant!»

 

 

 

 

Patrick Gifreu

Barcelone sans date

Éditions du Rocher, 2004

SG