4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 07:05

 

Je prendrai ma retraite au cœur des mimosas,

dans quelque port du Sud. Les joueurs de pétanque

m’inviteront à partager la pleine lune

qu’on lance comme un fruit contre les songes fous.

 

J’irai dormir à bord de ces bateaux minés

où l’équateur frileux se meurt à fond de cale.

J’enverrai chaque jour mon salut aux collines

pour que des dieux mouvants, sur un air inconnu,

 

chantent la fin du monde. Aux passants je dirai

que l’azur va tomber sur leur front, et qu’il faut

s’en défendre. Un cyprès pourra m’entretenir

 

de ses malheurs. J’insisterai qu’à l’hôpital

on prépare mon lit pour la vieille comète.

Je soignerai des mots menacés par l’oubli.

 

 

 

Alain Bosquet

Notes pour un pluriel

Gallimard, 1974

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