4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 08:57

 

Dans l'effraction d'un cri

j'enfreins le monde.

 

Grand silence troublé.

 

Je m'élève avec l'arbre,

je m'accrois,

j'accentue la poussée.

 

Le voyage des sèves,

je m'évade dans l'air, feuilles

bruissant

de jour et de lumière.

 

L'instant sursaute,

un vent vire à l'autre bord du visible,

un oiseau visite,

nul pour terrasser ma joie.

 

Je gagne vers le haut,

je ne soupçonne rien de ma visée,

l'arbre

se perd de vue, il s'exprime,

il est le lieu,

la distance, il trébuche dans le ciel.

 

Je ne sais.

 

Je suis dans le jour, vive flamme qui se tord,

je m'époumone,

faillir n'est pas de mise.

 

Posé dans l'air,

jeté haut contre l'évidence, malgré l'ombre

venue le nier,

il est le jaillissement, la brusquerie

d'une coiffe en plein vent,

il se ramifie,

donne, s'offre, l'ampleur des branches,

la sveltesse

d'une coupole déposée là en courant

par l'insouciance

de monter, chant d'azur, vers toujours

plus d'altitude,

j'effleure le ciel, nul ne le tient,

il s'enfuit,

la terre n'en garde que l'écho.

 

La force primitive,

la chorégraphie barbare, je me crée,

la poussée,

ce qui annoblit l'espace,

le nimbe,

le voue à toujours.

 

Nulle borne pour qui se gauchit,

je dispose

de la surface du jour et la nuit,

j'épouse

la torsion d'un vent, je me soumets

au reflux.

 

La gorge altérée s'alarme,

elle plonge

dans la terre, sans cesse plus profond,

saisissant

l'eau du sol, épongeant le monde

qui respire.

 

Tout de soumission et d'entêtement,

je désespère

ceux qui contemplent le vacillement

des choses mortes

dès que nées, je ne dépasse pas l'instant,

mais mille durées

me soutiennent.

 

Le ciel me franchit,

le jour à terre

me transperce, l'arbre à toute sève

crie le monde,

parcours, stridence, ce qui supplie

me traverse,

je m'ouvre à la distance, j'accueille,

je restitue.

 

Au monde

va ma force, je monte à l'assaut

des apparences,

je me drappe dans l'essoufflement

de moi-même,

ma sueur est brune de silence.

 

Le ciel,

la terre, ce qui tremble et désire,

la poussée

du jour, va pour l'effeuillement

de ma phrase,

lambeaux de mots, parole

à reprendre,

moi, je rêve, je suis mon rêve

planté

dans la terre du jour, qu'il frappe et heurte

la paroi de l'air,

j'écoute, ce qui tombe, la chute,

je m'efface

en proie au firmament lacunaire

qui me ronge,

me déconstitue, pas d'outre-vie,

reprenant,

repartant, exhibant ma folie

jusqu'à couvrir

le silence de mes amples chuchotements.

 

Je suis seul dans le jour.

 

 

 

 

Yves Peyré

A même les voix du jour

Champ Vallon, 1990

SG