14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 08:40

 

Prendre langue

et racine

en l'humus de parole

et croître

Gravir l'échelle du sous-bois

entre lichens et vesses de loup

Puis la promesse des frondaisons

des hauts feuillages

où l'arbre épais fraternise

avec le ciel de lit du dehors

et noue son espace intérieur

— Cette promesse mérite lenteur de sève

et patience et certitude d'ascendance —

 

 

Pas écraseurs sur le terreau de bois

pas citadins privés d'espaces de terre molle

puis l'alerte des limaces et des rongeurs

et mains d'enfants déchireuses

Scies mécaniques haches scies couteaux

et tous ces cris du dimanche

—  invitations au suicide des baliveaux

Il faut beaucoup de courage

quand on est arbre

pour continuer de s'aimer

et d'espérer en sa propre ramure —

 

 

Pourtant au-dedans on grandit

Multiple berger

la forêt solidaire protège son troupeau

exorcisant les ronces mêmes

et veillant

Un chant de bois vivant s'élabore

où chaque essence ourdit

un silence complice

— Mais que vienne l'heure

il se fera un grand concert

dans la polyphonie des aubiers unanimes

un cri

et l'on ne prendra plus le bois des arbres

pour dresser échafaud

ou tailler crosses de fusils !

Alors tout arbre sera poète

prenant langue

et racine

en cet humus de parole

où le pourrissement d'une seule feuille

est défi au néant

Ainsi soit-il —

 

 

 

Roland Nadaus

39 prières pour le commun du temps

Éditions Jacques Brémond, 1979

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anne-Marie ARBEFEUILLE

Hêtre au printemps - Fusain modelage

arbefeuille-photographies.com