25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 07:08

 

 

                                           à M. A. G.

 

 

Très noble Hêtre, tout l'été,

Qui retins la splendeur esclave,

Voici ton supplice apprêté

Par un ciel froidement suave.

 

Cent fois rappelé des corbeaux,

L'hiver te flagelle et t'écorche ;

Au vent qui souffle des tombeaux

Les flammes tombent de ta torche !

 

Ton front, qui cachait l'infini,

N'est plus qu'une claire vigie,

À qui pèse même le nid

Où l'œil perdu se réfugie !

 

Tout l'hiver, le regard oiseux,

Trahi par la vitre bossue,

Sur la touffe où furent les œufs

Compose un songe sans issue !

 

Mais — ô Tristesse de saison,

Qui te consumes en toi-même,

Tu ne peux pas que ma raison

N'espère en le Hêtre Suprême !

 

Tant de Grâce et de Vétusté !

Se peut-il que toute elle meure,

France, où le moindre nid resté

Balance une fière demeure ?

 

Mille oiseaux chanteront plus d'un

Souvenir d'atroce tangage,

Quand reverdira Verdun

Sauvé, notre illustre Langage !

 

 

 

 

Paul Valéry

Poésies

Gallimard, 1976

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