6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 06:09

 

 

    Arbre envahi de langage...

    mais le temps meurt et renaît chaque fois.

    Chaque parole ajoute un vert.

    Arbre envahi de saisons.

 

 

    On ne parla plus pendant longtemps d'une Amérique. Elle digérait ses

guerres, la couleur noire, des maisons dans leur mort.

    Des arbres seraient-ils venus sans remuer ni paroles ni paysages ? Les

poèmes naissent c'est vrai dans le vert du silence et sont tranquilles près

de la peur.

 

 

    Prolonger l'écriture après avoir apporté le vert dans les arbres.

 

    (Sait-il ce qu'il veut dire dans son grand mouvement, son impatience

— il appareille, ah ! je le sais ! des prairies des poètes ? et qu'importe ?)

    Arbre envahi de vent

    (un enfant l'a suivi, l'a rêvé — quelles batailles ! et des forêts de géants !

Sera-t-il mort au bord de l'arbre ?)

 

 

    Il n'y a peut-être pas tant d'évidence dans les arbres. Il faut parer l'écri-

ture — inventer, regarder que je viens d'un pays d'arbre et de langage.

    Quelques grands marmonteaux mesuraient les courtes plaines.

 

 

    Avec la couleur de l'ombre et de la lumière.

    au fond du jour, au fond du monde ouvert et fermé, à genoux dans les

prairies et les yeux dans les pissenlits,

 

 

    au fond du jour, au fond des phrases, au fond du foin avec la couleur

de la lumière et la couleur des phrases, la couleur de l'ombre,

    au fond des faïences des pendules,

    au fond d'un livre avec la couleur du jour,

 

    au fond du monde avec la couleur des arbres.

 

 

    L'arbre pur parle d'un arbre,

    parle de l'arbre

    ouvre le monde et meurt,

 

    la naissance envahit les rivières.

 

 

 

 

James Sacré

Cœur élégie rouge

André Dimanche Éditeur, 2001

SG