26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 17:28

 

Ô pins devant la mer,

Pourquoi donc insister

Par votre fixité

À demander réponse ?

J'ignore les questions

De votre haut mutisme.

L'homme n'entend que lui,

Il en meurt comme vous.

Et nous n'eûmes jamais

Quelque tendre silence

Pour mélanger nos sables,

Vos branches et mes songes.

Mais je me laisse aller

À vous parler en vers,

Je suis plus fou que vous,

Ô camarades sourds,

Ô pins devant la mer,

Ô poseurs de questions

Confuses et touffues,

Je me mêle à votre ombre,

Humble zone d'entente,

Où se joignent nos âmes

Où je vais m'enfonçant,

Comme l'onde dans l'onde.

 

 

                   *

 

S'il n'était pas d'arbres à ma fenêtre

Pour venir voir jusqu'au profond de moi,

Depuis longtemps il aurait cessé d'être

Ce cœur offert à ses brûlantes lois.

 

Dans ce long saule ou ce cyprès profond    

Qui me connaît et me plaint d'être au monde,

Mon moi posthume est là qui me regarde

Comprenant mal pourquoi je tarde et tarde...

 

 

 

 

Jules Supervielle

1939 - 1945

Collection blanche

Gallimard 

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