4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 06:07

 

C'était au déclin de l'été,

les dagues sombres des cyprès

déchiquetaient l'iris sanglant du ciel.

 

Leurs branches basses renversaient

ta tête blanchie au passage,

pendant que tu courais

pour talonner la nuit.

 

Qui donc t'appelait de si loin

avec son fifre d'herbe sèche,

dans le désert éteint du soir ?

 

Montant du lac de la rosée,

dès que tu fis silence en toi,

se mit à chanter la lumière.

 

Comme l'éclair du ver luisant

creuse l'obscur dans la forêt,

s'enfuit le pied de l'homme inquiet

 

que piège à chaque pas le lourd humus des morts :

feu pauvre et nu, jailli de la boue à la nue

entre agonie et joie,

ô chant si bref —

 

cri d'une étoile qui se noie

dans l'œil sournois du marécage,

entre les souches noires.

 

 

 

 

Claude Vigée

Le feu d'une nuit d'hiver

Flammarion,1989

SG