17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 08:00

 

         Ne croyez l'arbre de bois :

sous l'écorce, dans le feuillage

         l'ENCHANTEUR habite trois !

Que d'un arbre ôtiez le vitrage

         il a fable de poisson

fable de dieu, fable d'orange

         — déterrant soudain le Son !

Immobile, non — il s'échange

         étant fait du sang d'oiseaux,

car l'oiseau n'y pose : c'est l'arbre

         qui le forme de ses os.

Savez-vous pourquoi l'air s'y cabre,

         s'y recroquevillent l'eau

et la peau mousseuse et la palme :

         à l'interne, l'arbre est chaud.

L'arbre crée l'oreille et la flamme,

         il ne fond pas dans le feu !

Vous pensez qu'il dort : il attire

         la subtilité du jeu ;

à l'entour, la tête s'inspire,

         — l'arbre hante, il n'ombre pas !

Le coupant, coupez qui vous mue,

         mettant le soleil en bas

et la lune sous la tortue.

         Regardez : l'arbre se fend

quand il invente un corps de femme.

         Arbre doux et transparent,

il mûrit et rame dans l'âme.

         Touchez-le : ce n'est que Mots

de la sève spirituelle !

         Par d'étranges animaux

l'arbre mord — il mange la moelle

         que vous n'espériez qu'à vous.

Arbre amoureux, arbre fluide

         voyez comme il tient debout

sur cette bouche morte et vide !

 

 

 

Jean-Claude Renard

Fable suivi de

Dits d'un livre des sorts

Le Taillis Pré, 2001

 

 

 

 

 

Magritte La voix du sang 

 

Magritte

La voix du sang, 1961

SG