7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 18:00

 

Je ne jalouse pas ces pompeux imbéciles

Qui s’extasient devant le terrier d’un lapin

Car la nature est laide, ennuyeuse et hostile ;

Elle n’a aucun message à transmettre aux humains.

 

Il est doux, au volant d’une puissante Mercedes,

De traverser des lieux solitaires et grandioses ;

Manœuvrant subtilement le levier de vitesses

On domine les monts, les rivières et les choses.

 

Les forêts toutes proches glissent sous le soleil

Et semblent refléter d’anciennes connaissances ;

Au fond de leurs vallées on pressent des merveilles,

Au bout de quelques heures on est mis en confiance ;

 

On descend de voiture et les ennuis commencent.

On trébuche au milieu d’un fouillis répugnant,

D’un univers abject et dépourvu de sens

Fait de pierres et de ronces, de mouches et de serpents.

 

On regrette les parkings et les vapeurs d’essence,

L’éclat serein et doux des comptoirs de nickel ;

Il est trop tard. Il fait trop froid. La nuit commence.

La forêt vous étreint dans son rêve cruel.

 

 

 

 

 

Michel Houellebecq

Poésie

Éditions J'ai lu, 2010 

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