2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 06:10

 

Marronnier vil arbre qui cache le cerisier blanc

marronnier vil arbre qui cache le printemps

tu es plus noir que les lierres effrayants

qui sont le deuil des villages

Que comprends-tu de l'avril

le bocage encore clair n'est qu'une grande famille de verticales

la lumière toute neuve se félicite de sa pureté retrouvée

et sa première idée

c'est tout simplement de courir sur le monde

Le promeneur se réjouit de la transparence des haies

les villages se découvrent à portée de voix

marronnier

le printemps c'est l'affaire du soleil

la couleur encore n'est point née

le chêne pour qu'on s'en souvienne a gardé

son feuillage d'automne

la lumière après-midi piquera sa tête dorée

d'un rayon plus mélancolique

et la pensée nous est revenue

dans la rousseur orangée des frondaisons passées

ô les miroirs du printemps

le combat de vert et du blanc

le sureau à ce jeu-là n'a jamais rien gagné

et l'aubépine marronnier

déjà l'aubépine trahit le printemps

elle sera la clé perdue des haies fermées de l'été

toi

tu es d'une autre nature

arbre épais et sombre

mémoire des parcs et des jardins qui donne

l'automne au mois d'août

marronnier vil arbre

marronnier dinde

 

 

 

 

Claude Savary

Poésie 1, n°73

Le cherche-midi éditeur

SG