11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 06:16

 

Quand les récoltes sont rentrées

Et que l'hiver est revenu,

Des arbres, en files serrés,

Se déroulent sur le sol nu ;

Ils n'ont pas le port droit des ormes,

Ni des chênes les hauts cimiers ;

Ils sont trapus, noirs et difformes :

Pourtant qu'ils sont beaux mes pommiers !

 

Leurs rangs épais couvrent la plaine

Et la vallée et les plateaux ;

En droite ligne et d'une haleine

Ils escaladent les coteaux ;

Tout leur est bon, le pré, la lande...

Mais s'il faut du sable aux palmiers,

Il faut de la terre normande

À la racine des pommiers !

 

Quand Mai sur leur tête arrondie

Pose une couronne de fleurs,

Les filles de la Normandie

N'ont pas de plus fraîches couleurs ;

Leurs floraisons roses et blanches

Sont la gloire de nos fermiers :

Heureux qui peut voir sous leur branches

Crouler la neige des pommiers !

 

Les matinales tourterelles

Chantent dans leurs rameaux touffus,

Et les geais y font des querelles

Aux piverts logés dans leurs fûts ;

Les grives s'y montrent très dignes

Et tendres comme des ramiers ;

Elles se grisent dans les vignes,

Mais font leurs nids dans les pommiers.

 

L’automne vient qui les effeuille ;

Les pommiers ont besoin d’appuis,

Et leurs longs bras, pour qu’on les cueille,

Jusqu’à terre inclinent leurs fruits ;

Ève fut prise à leur caresse,

Ils la tentèrent les premiers ;

Gloire à la grande pécheresse !

L'amour est né sous les pommiers !

 

Leurs fleurs, leurs oiseaux, leurs murmures,

Ont enchanté mes premiers jours,

Et j'ai, plus tard, sous leurs ramures

Mené mes premières amours ;

Que l'on y porte aussi ma bière,

Et mon corps, sans draps ni sommiers,

Dans un coin du vieux cimetière

Dormira bien sous les pommiers !

 

 

 

 

Charles Frémine

La chanson du pays

SG