17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 06:32

 

Veilleurs de jour, debout sur un jarret,

Troncs en forme de foudre et fronts de cendre,

S'offrant aux coups, s'ouvrant pour se défendre

Et souriant à l'éternel arrêt

Qui les accable et s'acharne à les fendre.

 

Clairs pénitents qui fouillent leurs remords,

Tirent au jour le nœud de leurs viscères,

Cherchent le vif sous l'écorce sincère

Et du tison traitent si bien l'ulcère

Qu'amour y brûle en son masque de mort.

 

Vainqueurs vaincus liés du haut en bas

Gardant pour eux cette fureur de sage,

Et vers autrui ne tournant que l'image

De la gloire conquise à ce combat :

Le courageux sourire du visage.

 

Vois, le martyre a raccourci leurs bras,

La chair des flancs qui jadis éclatèrent

Montre le cœur qui mâche de la terre,

Ou bien durcit sur d'antiques cratères :

Car ton désir, homme, aussi s'éteindra.

 

Mais leurs moignons relèvent comme une arme

Le rameau blanc toujours changeant, toujours

Égal, et les saisons en font le tour,

Mais sensible à la brise, et où le jour

Met des joyaux et la lune des larmes.

 

Verdures d'au-delà sans éclats verts,

Sans éclats d'or et sans vitraux de fibres,

Sans fraîcheur, sans bourgeons, et sans hiver,

Et qui, miroir céleste et harpe, vibrent

Du bonheur continu de leurs revers.

 

 

                                          Routes de Toscane, 1934

 

 

Lanza del Vasto

Le chiffre des choses

Denoël, 1972

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