28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 07:20

  

Je les vois — foule sur foule ils arpentent la terre.

Arbres secs, effeuillés sans qu'aucun vent d'automne

En soit cause, ils s'égayent d'être dépouillés,

Prêts à défier tout nus les rigueurs de l'hiver.

Nulle sève n'irrigue leurs branches bruissantes,

D'où jaillissent pourtant feuilles et fleurs brillantes,

Leur cœur ne connaît plus le Dieu vivant qui donne

La saison printanière à l'année en attente.

Ils imitent la vie comme pour lui voler

L'éclat de la santé dont parer leur joue blême ;

Ils empruntent des mots pour de creuses pensées

Que leur langue, avec un feint cœur, puisse agiter :

Vivants plus morts dans leur apparence de vie

Que ceux qu'ils donnent à la terre avec des larmes.

 

 

                                 

 

 

 

The Dead

 

 

I see them, - crowd upon crowd they walk the earth,

Dry leafless trees autumn wind laid bare ;

And in their nakedness find cause for mirth,

And all unclad would winter's rudeness dare ;

No sap doth through their clattering branches flow,

Whence springing leaves and blossoms bright appear ;

Their hearts the living God have ceased to know

Who gives the spring time to the expectant year :

They mimic life, as if from him to steal

The glow of health to paint the livid cheek ;

They borrow words for thoughts they cannot feel,

That with a seeming heart their tongue may speak ;

And in their show of life more dead they live

Than those that to the earth with many tears they give.

 

 

 

 

Jones Very

Esquisse d'une anthologie

de la poésie américaine du XIXè siècle

Pierre Leyris

Gallimard, 1995

 

 

 

 

 

Van-Gogh-Jardin-en-hiver

 

Vincent Van Gogh

Jardin en hiver (détail)

Van Gogh Muséum, Amsterdam

SG