23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 16:17

 

N'allons pas en ces bois profonds

À cause des grandes fontaines

Qui dorment au fond.

 

N'éveillons pas les grandes fontaines

Un faux sommeil clôt leurs paupières salées

Aucun rêve n'y invente de floraisons

Sous-marines et blanches et rares.

 

Les jours alentour

Et les arbres longs et chantants

N'y plongent aucune image.

 

L'eau de ces bois sombres

Est si pure et si uniquement fluide

Et consacrée en cet écoulement de source

Vocation marine où je me mire.

 

Ô larmes à l'intérieur de moi

Au creux de cet espace grave

Où veillent les droits piliers

De ma patience ancienne

Pour vous garder

Solitude éternelle solitude de l'eau.

 

 

 

Anne Hébert

Poèmes

Éditions du Seuil, 1960

SG