26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 09:14

 

Ils ont langui de solitude, braves l'étant toujours,

Même dans le vent qui gèle, eux qui ne gèlent pas.

À les regarder, nous avions soif, et c'est peu dire

Qu'ils étaient blancs. La crème de nos bûches

De Noël les enflammait comme un coulis

De fruits glacés. Ils donnaient à nos palais

Des saveurs d'absence, comme au creux

De la nuit tremble l'espérance.

 

Les bouleaux activaient le sommeil en nous.

Leurs branches caressaient des appels

Langoureux. Ils domptaient la clarté propice

Aux âmes, aux chambres : à présent

Le silence habite le clavecin, leur murmure.

L'oreille est devenue une telle science :

En elle des pensées moutonnent jusqu'au soir.

 

Que serait notre vie si la nuit ne venait délivrer

Notre regard ? Et que seraient devenus nos sens

S'ils devaient toujours croître sous le manège

Des bouleaux ? Claires, ce sont cependant

Des pensées dont l'ire nous en impose.

C'est ainsi que nous apprenons nos limites.

En même temps, ils dopent nos faibles moyens.

Nous gouvernons bien des provinces, debout

Dans l'énigme des fleurs, le secret du jardin.

 

 

 

Nimrod

J'aurais un royaume en bois flottés

Anthologie personnelle, 1989-2016

Gallimard, 2017

SG