1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 08:44

 

    Les arbres sont, à l'automne, des âmes charitables. L'or des soleils passés les fait fleurir dans les plus hautes feuilles. Que celui qui s'avance lassé dans un chemin, tandis que la pluie tombe et tombe interminablement, regarde la clarté sanglante des feuillages, les nobles peupliers blessés par le bronze et par le soleil, et renaisse à la sensation de surprendre une lueur dans la tristesse de la ville automnale.

    Les arbres, semble-t-il, s'allongent avec des spasmes paisibles, en nous offrant ces dernières feuilles jaunes, les chemins, semble-t-il, s'éclairent d'un doux chagrin, du chagrin des soirs fleuris par l'émotion, du chagrin que suscitent les voyages brefs, de tout ce chagrin vagabond qui dans nos cœurs ravive la tendresse. Ils sont passifs et braves, n'est-il pas vrai ? Ces arbres jaunis par l'automne et blessés par le bronze et le soleil.

 

 

 

Pablo Neruda

Les Premiers livres

Gallimard, 1982 

SG