6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 13:54

 

     Faut-il encore planter des arbres en cette terre de Botzulan que j'avais trouvée si nue, si rase ? Je ne sais. A tant vouloir emplir l'espace, à tant aimer la vie en toutes ses ramifications, parfois les bras me tombent. De découragement. A quoi bon, me dis-je, tu ne peux rien contre la puissance des vents et la marche du néant. Laisse aller les souffles sur ton aire. Viendra ce que pourra, de l'essence et de la sève...

     Je dois vieillir en ma maison. Je déserte mon pauvre jardin. Le moindre effort me fait suffoquer. Mes pas sur la terre ont la lente cadence des asphyxiés de la Gauloise. Et de l'emphysème...

     Mes arbres, pardonnez-moi...

     Et cependant, les deux cyprès d'Italie que j'avais pu croire près du trépas, voici, en cet automne tumultueux, qu'ils retrouvent leur verdeur. Depuis que, curieusement, les vents soufflent en grandes rages. Et que je l'ai ai débarrassés de leurs tuteurs. Comme s'ils n'aimaient rien tant que la lutte et la liberté. Comme s'ils voulaient m'inviter à ne point plier. Comme s'ils me promettaient enfin de me donner les souvenirs que je leur demandais : le paysage italien, les torches du soleil, la Toscane en Finistère.

     Les sapins eux aussi, plantés il y a quatre ans, semblent prendre hauteur et vigueur. Mais seront-ils, dans quelques années, assez forts pour couper l'assaut des vents de mer ? Comme ils me semblent précaires et fragiles quand ils secouent leurs rameaux dans la démence du suroît. Et cependant, dans l'embellie, ils sont toujours là, debout, plus verts que jamais, fidèles...

     Qui sait ? Il me prend de penser que ces arbres, si certains, si fantasques paraissent-ils, ont la farouche volonté de vivre à Botzulan. Et qu'ils ont pour moi assez de sympathie pour m'inviter au courage. Arbres, arbres de vie...

 

                                                                 15-XI-77

 

Xavier Grall

Les vents m'ont dit

Calligrammes

SG