16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 06:06

 

Oh ! le vent ! le grand vent des antiques forêts !

Il vient, s'en va, revient, s'en va, très loin, tout près !

Sous le couvert du bois, comme un loup qui maraude.

               Le vent rôde.

 

Dès que le matin-jour paraît, que le soleil

Entr'ouvre un peu son œil clignotant et vermeil,

Afin de m'arracher au sommeil, à l'extase,

               Le vent jase !

 

Je crois qu'il est l'ami du pauvre sabotier :

Du haut du frêle ormeau, du haut du chêne altier,

Sachant que son refrain me console et m'enchante,

               Le vent chante !

 

Par contre, il n'aime pas le rude bûcheron

Qui dit à sa forêt : « Allons, courbe ton front ! »

La hache du bourreau déplaît à ce grand prince :

               Le vent grince !

 

Il ne veut pas qu'on touche aux bois où sont blottis

Ses amis les oiseaux, les grands et les petits !

— Le bûcheron brandit sa cognée... et, sur l'heure,

               Le vent pleure !

 

Prends garde, bûcheron ! prends garde au vent amer !

Quand il va par les champs, les plaines et la mer,

Frappe !.. Mais gare à toi, sitôt qu'il fait sa ronde :

               Le vent gronde !

 

Le voici, le voici qui s'en vient au galop!

Bûcheron, n'abats pas cet immense bouleau !

Va-t-en ! car devant lui chacun peut fuir sans honte :

               Le vent monte !

 

Hélas ! il est trop tard ! Pourquoi n'as-tu pas fui ?

Le vent terrasse l'arbre... et te voilà sous lui :

Sans pitié, pour venger sa forêt abattue,

               Le vent tue !

 

... Aussi je crains le vent comme la voix de Dieu

Et j'ébauche parfois, troublé comme au saint Lieu,

Un grand signe de croix quand, à travers l'espace,

               Le vent passe !...

 

 

 

 

Théodore Botrel

Contes du lit-clos, récits et légendes bretonnes en vers...

suivis de Chansons à dire...

1900

SG