11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 07:41

 

Quand le cœur de la nuit se fait mou, le platane,

fatigué par la terre, éprouve le besoin,

soit de voler à la manière des cigognes

par-dessus les maisons, le fleuve, la forêt,

 

soit de nager – le vertige est alors plus fou –

comme fait le requin dans son profond royaume.

Lentement, il déploie ce que l'instinct lyrique

peut appeler son aile et même sa nageoire.

 

Il saute, il court, il plane, il vole, il est plus libre

que l'air ou l'eau, il est heureux comme quelqu'un

qui a joué un mauvais tour à sa nature.

 

Il va de soi qu'à l'aube il reprend ses racines,

ses branches, son écorce, et se dit satisfait

de son sort : un platane aussi sot qu'un platane.

 

 

 

Alain Bosquet

Notes pour un pluriel

Gallimard, 1974

SG