10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 19:00

 

(...)   Vivant je porte en moi la mort,

ma mort, à moi-même secrète, incroyable et certaine,

le fruit du fruit trop vite mûr, la graine de la graine ...

 

Peut-être serait-il moins bon de naître sans racines

qui vont plus profond dans le sol

                                               (que les branches dans l'air,

tellement qu'elles tirent tout à elles d'origine ;

et mon poème aussi retourne au premier cri. Désert

où tombe la Parole, ah ! j'y applique mon oreille :

si malgré les buissons d'indifférence et les corneilles

de l'oubli cette semence allait fleurir, gisement

de parole qui jaillit soudain de lèvres en nombre !

Si le sable se tait et si j'y perds jusqu'à mon ombre

je rêve à ces terriers du cimetière musulman

que seuls les corps ensevelis comme une houle bombent.

Mais il y a cet Arbre au dernier jour où calmement

mon corps fructifié pousse les mains hors de la tombe.

 

 

Luc Estang

Les quatre éléments

Gallimard

SG