28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 07:41

 

L'arbre est le seul patriarche qu'il accepte,

son ombre est sans clôture, ne pèse pas,

le comble d'amplitude et de recueillement,

féminine, profonde, dont les bras sans matière

ont la douceur de l'obscur, car sa béance

se nourrit d'un silence plein de rumeurs,

d'une mutité parlante au cœur, et qui l'apaise

quelle que soit sa couleur, argent-vert en avril,

ou bronze un peu avant l'hiver ; l'égalité

d'un amour visible et sans visage où la déesse

se cache, bénissant celui qui accepte la vie

et les visages, aime la circulation des choses, la bonté

de finir, la rencontre des contradictions.

Elle délègue auprès de lui une femme comblée.

 

 

 

Jean Mambrino

La saison du monde

José Corti, 1986

SG