8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 06:16

 

                                            À  Madame Auguste Ducos

 

 

J'étais chez des amis et presque des parents,

Gracieux au possible, aimables, tolérants,

Hospitaliers et bons plus que je n'ose écrire,

Pourtant je me plaignais... De quoi ?.. puis-je le dire ?

D'un étranger venu, je crois, de l'Équateur,

Élégant, parfumé, très fier de sa hauteur.

Je ne pouvais pas même entr'ouvrir ma fenêtre

Sans le voir sous mes yeux se dresser, et paraître

Ne pas s'inquiéter de me gêner souvent :

Il donnait pour raison qu'il m'abritait du vent.

C'était un mimosa de superbe venue.

De la montagne, à gauche, il me cachait la vue,

Diminuant l'ampleur du tableau merveilleux

Des monts pyrénéens s'étageant sous mes yeux.

Cet exilé pourtant avait si bonne mine,

Il était si coquet, sa feuille était si fine,

Que j'eus le bon esprit de le regarder mieux,

Et voici le détail qui s'offrit à mes yeux :

Sur un dôme puissant, à la fois vert et rose

De milliers de fleurs, une guêpe se pose,

Agitée, inquiète, au corsage serré ;

Puis vient un noir bourdon au stylet acéré,

Puis une blonde abeille et cent autres encore,

Des flots de papillons... Tout cela vit, s'adore,

S'attaque, se défend et vient puiser du miel

Chez ce noble accusé, pour qui j'eus quelque fiel !

Ce matin, deux pinsons, venus de la montagne,

Sautillaient sur sa branche, amoureux en campagne,

Un couple de moineaux gais, vifs et babillants,

Surveillaient près de là le nid de leurs enfants.

Dès lors, cœur généreux, je te connus, et même

De l'hospitalité tu me parus l'emblème ;

Tu fais comme font ceux chez qui l'on t'arrosa.

Tu le vois, j'ai raison de t'aimer, mimosa !

 

 

 

Joseph-Jules Garat

Vieux péchés

Feret et fils,1890

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