30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 07:13

 

Ah tout est arbre devenu,

Colère, orgueil, douceur amie.

Tout ce que j'aime dans la vie

En bois, en feuillage se mue,

En un feuillage patient

Toujours sous des vents différents.

Mais serait-ce pour satisfaire

Mon cœur enfoncé dans la chair

Vivant d'un bruit sourd de cognée

Comme au fond de quelque forêt,

En attendant que sous la terre

Allant vers le noir, il se mue

En quelque racine de plus.

Comprenez-vous, ô disparue,

Au fond des forêts enfouie,

Et je ne sais où m'adresser ...

Serait-ce à la boule de gui,

À ce feuillage à peine né,

Ou bien à la branche pourrie,

Vous qui dans le léger du soir,

N'êtes peut-être qu'un regard

Rien de plus pour vous souvenir

Une main douce à faire peur,

Avec un reste de chaleur

Qui sous la terre s'éternise.

 

 

 

Jules Supervielle

1939 - 1945

Collection blanche

Gallimard

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