1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 05:22

  

Ce poème commence en été,

les branches du figuier qui effleurent

la terre m'avaient invité à m'allonger

dans son ombre. En elle

je me réfugiais comme au creux d'un fleuve.

Ma mère se fâchait : l'ombre

du figuier est funeste, disait-elle.

Je n'en croyais rien, je savais bien

comme leurs fruits luisaient mûrs

et fendus offerts aux dents matinales.

Là j'ai attendu toutes ces choses

peuplant les rêves. Une flûte

lointaine jouait dans une églogue

tout juste lue. La poésie caressait

mon corps en éveil jusqu'à l'os,

elle me cherchait avec une telle évidence

que je souffrais de ne pouvoir lui donner

de forme : bras, jambes, yeux ou lèvres.

Mais sous ce ciel vert du mois d'août

elle me caressait seulement, et s'en allait.

 

 

 

Eugenio de Andrade

Les lieux du feu

Traduit du portugais par Michel Chandeigne

L'Escampette, 2001

 

 

 

                             ♦

 

 

A figuiera

 

 

Este poema começa no verão,

os ramos da figueira a rasar

a terra convidavam a estender-me

à sua sombra. Nela

me refugiava como numrio.

A mãe ralhava : A sombra

da figueira é maligna, dizia.

Eu não acreditava, sabia bem

como cintilavam maduros e abertos

seus frutos aos dentes matinais.

Ali esperei por essas coisas

reservadas aos sonhos. Uma flauta

longínqua tocava numa écloga

apenas lida. A poesia roçavame

o corpo desperto até ao osso,

procurava-me com tal evidência

que eu sofria por não poder dar-lhe

figura : pernas, braços, olhos, boca.

Mas naquele céu verde de agosto

apenas me roçava, e partia

SG