20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 22:01

 

L'être vivant qui marchait sous les arbres,

Sous les tilleuls humait les frais parfums,

Et qui dansait au rythme de sa marche,

Lançant la jambe et les bras loin du corps,

La tête haute — il était immortel.

 

J'ai lu son nom sur cent mille visages.

L'air emplissait les poumons, et les muscles

Allègrement jouaient au jeu de vie.

J'entends d'ici croître les chevelures

Et les pensées voyager, voyager.

 

Je suis l'un d'eux. Je porte un feu qui brûle

Et je vénère un instant de mes ongles.

Mon existence est la fête d'atomes

Si rassemblés que déjà cette larme

Rejoint le ciel pour faire un nouveau lac.

 

Je m'alimente à la source commune,

Je n'ai plus peur des lointaines forêts,

Et si la terre en son rythme m'absorbe,

Je changerai de mille autres manières

L'être vivant, l'être vivant des arbres.

 

 

 

 

Robert Sabatier

Icare et autres poèmes

Albin Michel,1976

SG