25 janvier 2019 5 25 /01 /janvier /2019 10:15
  

L'odeur des origines monte

Avec lenteur de la terre écorchée,

Elle est dans l'obscur charnier des tourbières,

La rouille rose des lichens

Et le feu mauve des bruyères,

Elle est dans la douce écorce des bouleaux,

La constellation de leur feuillage

Bruissant de frissons prophétiques.

Les falaises de tourbe, les pins fracturés,

Semblables aux gibets du souvenir,

Parlent un vieux langage végétal

Parmi la verdure de mousse et de myrtilles.

 

Le sang violacé des racines coule

Dans le sillage étincelant des genêts

Et la benoîte, le long des marécages,

S'empourpre au miroir du crépuscule.

L'arbrisseau surprend à travers ses meurtrissures

Le vent lointain de la Divinité.

 

Silencieuse auprès des premiers gouffres

Du soir, la forêt soudainement s'élève

Comme un vaisseau gigantesque

Surgi de la mer orageuse des légendes.

 

 

 

Marc Eigeldinger

Les Chemins du Soleil

La Baconnière, 1971

SG