2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 06:04

 

Arbres complaisants, sachez

Que cette heure d'avant l'aurore

Est du lever de ma clarté :

Car je mets ma terre à l'essor,

Ne pouvant plus la transporter.

Je la tiens serrée sur mon cœur,

Elle risque trop d'éclater

Comme font les chardons sauvages.

Vous verrez les seuls spectateurs

D'une cérémonie si grave ;

Étouffez les brises narquoises,

Je ne suis pas un magicien

Qui veut défier le divin.

Longtemps ! ah ! bien longtemps avant

Que ne tressaille mon envie

De confier ce monde aux vents,

Je vous connaissais en taillis ;

J'ai vu vos infimes naissances,

Et jamais je n'en ai souri ;

Comment vous jetiez vos semences

Et comment vos amours ont pris

Très doucement, presque à votre ombre :

J'y ai deviné mon destin.

Laissez-moi donc lancer ce monde

Parmi tous les mondes divins.

Il est une nouvelle étoile,

Un astre de plus dans l'amour !

Je le regarde qui s'éloigne,

Il vacille sur son parcours,

Et je redescends dans mes bois :

Ce ne sont plus les mêmes arbres,

Les mêmes yeux qui me regardent,

Ni le temps, ni le mal de moi...

 

 

 

 

Patrice de La Tour du Pin

La Quête de joie

suivi de Petite somme de poésie

Gallimard, 2001

SG