1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 06:05

 

Cette lumière est celle de l'esprit, froide et planétaire,

Et bleue. Les arbres de l'esprit sont noirs.

L'herbe murmure son humilité, dépose son fardeau de

   peine

Sur mes pieds comme si j'étais Dieu.

Une brume capiteuse s'est installée en ce lieu

Qu'une rangée de pierres tombales sépare de ma maison.

Je ne vois pas du tout où cela peut mener.

 

La lune n'offre aucune issue, c'est un visage morne

D'une blancheur d'os effroyable.

Elle traîne derrière elle l'océan comme un crime obscur ;

   elle est calme,

Trou béant de désespoir total. J'habite ici.

Deux fois tous les dimanches les cloches ébranlent le ciel —

Huit langues puissantes annoncent la Résurrection.

À la fin, seul vibre le son grave de leur renommée.

 

Le cyprès se dresse alors, gothique.

Aux yeux levés sur lui, il désigne la lune.

La lune est ma mère. Elle n'a pas la patience de Marie.

Son vêtement bleu laisse échapper chauve-souris et

   hiboux.

Je voudrais tellement pouvoir croire à la tendresse —

Au visage de cette effigie, adouci par la lueur des cierges,

Qui poserait sur moi son regard bienveillant.

 

Je suis tombée de trop haut. Des nuages fleurissent,

Mystiques et bleus, à la face des étoiles.

Dans l'église les saints doivent être tout bleus,

À frôler les bancs glacés de leurs pieds délicats,

Et leurs mains et leur visage tout engourdis de sainteté.

La lune ne voit rien de tout cela. Elle est chauve, elle est

cruelle.

Et le message du cyprès n'est que ténèbres — ténèbres et

   silence.

 

 

 

 

Sylvia Plath

Ariel

Traduction de Valérie Rouzeau

Gallimard, 2009

 

 

 

 

                                       

 

 

The Moon and the Yew Tree

 

 

This is the light of the mind, cold and planetary.

The trees of the mind are black. The light is blue.

The grasses unload their griefs at my feet as if I were God,

Prickling my ankles and murmuring of their humility.

Fumy spiritious mists inhabit this place

Separated from my house by a row of headstones.

I simply cannot see where there is to get to.

 

The moon is no door. It is a face in its own right,

White as a knuckle and terribly upset.

It drags the sea after it like a dark crime; it is quiet

With the O-gape of complete despair. I live here.

Twice on Sunday, the bells startle the sky -

Eight great tongues affirming the Resurrection.

At the end, they soberly bong out their names.

 

The yew tree points up. It has a Gothic shape.

The eyes lift after it and find the moon.

The moon is my mother. She is not sweet like Mary.

Her blue garments unloose small bats and owls.

How I would like to believe in tenderness -

The face of the effigy, gentled by candles,

Bending, on me in particular, its mild eyes.

 

I have fallen a long way. Clouds are flowering

Blue and mystical over the face of the stars.

Inside the church, the saints will be all blue,

Floating on their delicate feet over cold pews,

Their hands and faces stiff with holiness.

The moon sees nothing of this. She is bald and wild.

And the message of the yew tree is blackness - blackness and silence.

 

 

 

 

The Moon and the Yew Tree Sylvia Plath

 

   Michael Rothenstein

   The Moon and the Yew Tree - Sylvia Plath

   1972

SG