22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 06:04

 

 

                  le commencement de la tyrannie provoque la

pointe de liberté insérée dans le devenir sans

fin, pour dépasser la tyrannie elle-même

 

                                                Wifredo Lam

 

 

Oui, Lam vrai nom du fruit de l'arbre-Véritable

La jungle était ton paysage natal

au ciel, le tonnerre et l'éclair bâillonnaient la voix exilée

des dieux

sur terre, les diables et le Bon-Dieu couvaient les cris

esclaves pour générer l'enfer

et toi, tu es né de la relève de la mort étranglée par le nœud

de mille cordons ombilicaux

ton blason a redoré le soleil

ton art a conjuré la mer et l'exil d'Olorun

comme nos îles ont éclos en apostrophe d'apocalypse

 

oui, il s'agit bien d'un peuple debout en balance sur la map-

pemonde incandescente condensée en la mère-Caraïbe,

sans un coin d'espace gaspillé dans l'île ni sur le tableau.

 

oui, ici chaque visage est un fruit, ou alors un soleil, une

lune, une mandoline, un petit cheval. Les yeux sont des

étoiles à éclairer les coutelas.

 

oui, il s'agit bien ici de sèves libres de racines, de pour-

ritures ordonnées par des couleurs d'initiation, de sources

grimpées aux arbres

et puis d'hommes-colibris, de femmes-flamboyants, de

lèvres-hibiscus

 

oui, ici encore, Lam contrarie le mal pour enflammer les

âmes et réchauffer une sève qui marronne une liberté dans

le déracinement

des hommes-plantes se redressent dans un bruit de cassu-

re des vieux-corps, et leurs cannes éjaculent du rhum dans

la fleur de belles fées noires déguisées en sorcières pour

sucrer le destin

 

en offrande aux aubes sans aubiers

 

 

 

Daniel Maximin

L'Invention des désirades

Présence africaine, 2000

 

 

 

 

 

 

wifredo lam jungle

 

Wifredo Lam

Jungle

MoMA  

SG