9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 06:47

 

Que le cerf brame et la forêt s'élance

Tout un torrent de biches fend le jour

Les vieux corbeaux vont combattre les anges

La terre avale une salive ardente

Elle boit le fleuve et la mer à son tour.

 

Les bois du cerf brûlent comme des torches

Et des phénix s'envolent de son cœur

L'arbre se penche, il cueille un peu de mort

Et d'arbre en arbre il vole des couleurs

La forêt brûle un peu plus haut que l'aube.

 

La forêt brûle et des ruisseaux de lave

Coulent aussi sur les visages d'herbe

Ceux qui ont peur sont mangés par les arbres

Et les plus forts sombrent dans leur colère

Pour éprouver la crainte du soleil.

 

Il n'est plus temps de tirer sur les aigles

Ils ont volé nos ailes, notre sang

Chacun n'a plus qu'une boule en lui-même

Comme un soleil qui tourne en le blessant

Chacun n'a plus que sa douleur à perdre.

 

Que le cerf brame et c'est un jour qui flambe

Un jour, un siècle au monde écartelé

On rêve ici du temps de la mort tendre

Qui s'endort feu peut se réveiller cendre

Et l'aube éteint les astres sans amour.

 

 

 

 

Robert Sabatier

Les fêtes solaires

Albin Michel, 1955

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