23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 06:54

 

Mes grands troupeaux d'arbres, parqués dans les enclos du ciel

Suant le vert

Poudreux et lourds des courses des collines

Mes bêtes, ces forêts nourries de pierre et d'eau

La gorge ouverte, le cœur chaud dans l'aubier blond de vos poitrines

Arbres, bagnards du jeune été

Qui portez (rivé à vos pieds) le gros boulet rond de la terre

Chevaux de feuilles

De lumière

Arbres, compagnons destinés

Depuis plus de cent mille années nous conversions à mots couverts

J'étais du sol quand vous rouliez dans le sang circulant de l'air

Semence errante à surplomber la craie délitée des nuages

Puis survint l'embolie des nuits qui, mieux que rassembler, partage

Pareille, ô si pareille aux fouets dans les camps où la mort rumine

Sur les beaux hommes déportés que le coup planté droit termine

La hache à sang, la hache à bois

La hache à mourir comme on doit

Arbres ! allumés sur nos haltes

 

Seul y voit clair qui bien s'exalte

 

 

 

 

Luc Bérimont

Poésies complètes, tome 1

Le cherche-midi éditeur, 2000

SG