17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 08:50

 

Ruisseau, ô toi qui passes murmurant

De ta voix de cristal cette chanson,

toi qui passes, ruisseau, toujours chantant

en offrant tes eaux - ta bénédiction -

 

toi qui connais la vie, ô toi qui sais

la riante allégresse de l'amour :

les yeux des oiseaux , que te disent-ils ?

T'ont-ils parlé de moi, de ma souffrance ?

 

Je suis un vieil arbre, un arbre lassé

avec dans ses pleurs, le sel de sa peine ;

je lève les bras mais, hélas ! jamais

n'arrive vers eux la consolation.

 

J'ai tant espéré les heureux bourgeons,

que je suis, j'avoue, fatigué d'attendre.

Le tendre printemps n'est point apparu.

Serait-il, petit ruisseau, dans ton chant ?

 

Avec mes moignons torves et noirâtres

j'ai l'air d'un fantôme sur la prairie

si verte et si gaie. Je suis là vaincu

et seul, et très seul, en mon affliction.

 

Mes racines s'agrippent à la terre,

elles sont crispées par le désespoir.

Les fleurs avec leurs nuances timides

ont vécu ma fidèle soumission.

 

Je suis un vieil arbre, un arbre lassé,

avec dans ses pleurs le sel de sa peine ;

je lève les bras mais, hélas ! jamais

n'arrive vers eux la consolation...

 

 

        Traduit de l'espagnol par Claude Couffon

 

 

Pablo Neruda

Les Premiers Livres

Gallimard

SG