1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 12:18

 

Miel du temps

Sur les murs luisants

Plafond d’or

Fleurs des nœuds

      cœurs fantasques du bois

 

Chambre fermée

Coffre clair où s’enroule mon enfance

Comme un collier désenfilé.

 

Je dors sur des feuilles apprivoisées

L’odeur des pins est une vieille servante aveugle

Le chant de l’eau frappe à ma tempe

Petite veine bleue rompue

Toute la rivière passe la mémoire.

 

Je me promène

Dans une armoire secrète.

La neige, une poignée à peine,

Fleurit sous un globe de verre

Comme une couronne de mariée.

Deux peines légères

S’étirent

Et rentrent leurs griffes.

 

Je vais coudre ma robe avec ce fil perdu.

J’ai des souliers bleus

Et des yeux d'enfant

Qui ne sont pas à moi.

Il faut bien vivre ici

En cet espace poli.

J’ai des vivres pour la nuit

Pourvu que je ne me lasse

De ce chant égal de rivière

Pourvu que cette servante tremblante

Ne laisse tomber sa charge d’odeurs

Tout d’un coup

Sans retour.

 

Il n’y a ni serrure ni clef ici

Je suis cernée de bois ancien.

J’aime un petit bougeoir vert.

 

Midi brûle aux carreaux d’argent

La place du monde flambe comme une forge

L’angoisse me fait de l’ombre

Je suis nue et toute noire sous un arbre amer.

 

 

 

 

Anne Hébert

Poèmes

Éditions du Seuil, 1960

SG