31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 14:03

 

Arbre noir, gorgé de sève

chargé de nos sorts et de nos épouvantes

ton architecture prend la forme d'une masse

tourmentée par le vent

qui te donne une tonalité nocturne.

J'entoure ton tronc de regards

entends dans tes gémissements mon propre cri.

Hélas ! Ne m'a-t-il pas été de toute éternité ?

Je porte en moi sa souffrance

je l'élude ou la touche

elle germe comme un bourgeon

et chaque atome de mon corps

la connaît pour avoir succombé à ses pousses.

 

Car la joie jamais rien ne rachète

l'imperfectible est là

pauvre arbre, pauvre amour

je suis cette colombe enlisée, attachée à son nid

dont le pèlerinage n'a pas de fin

dont le chant s'enfle en mélodie

mais le soir, le soir, pourpre au jusant.

 

L'ombre poursuit la lumière

qui des deux gagnera ?

La pluie d'été a son commencement

belle en est la clairière

mais l'haleine du temps souffle la solitude

souffle renoncement.

À quel faîte d'or, à quel soleil rallumer

tant de feuillage ? À quelle grâce

quand la séparation est pour partage ?

Prière de ce qui aime n'empêche rien

toujours la disparition ouvre son aile

et l'inespéré est dedans.

 

Ainsi l'arbre doublement ramifié

parle l'alliance, enlace nos fragilités

console-moi de tes tiges, donne-nous branchage

accueille nos chutes, feuille à feuille

secoue ta nuit et ma tristesse, embrase-nous

à la racine où commence ta naissance

en terre de végétal et d'humain.

 

Serait-ce non, le mot murmuré, petite traînée

sur l'étendue pourtant éclatante de la présence

non, ma vie épie derrière la fenêtre son exact

contraire, elle pose par terre le silence et l'attente

pour serrer contre son cœur la patiente beauté

de ce qui vient, ô neige de printemps, les arbres

plaquent blanc espoir au carreau de la nuit, tout

compte, le pommier, la colline et sa porte céleste

même les étoiles brillent de je ne sais quel éclat

parsemant autrement la carte du ciel, brisant

toute clôture pour consentir : non, j'entends oui.

 

 

 

 

Sylvie Fabre G.

Poé/tri

40 voix de poésie contemporaine

par Frank Smith et Christophe Fauchon

Autrement Littératures, 2001

SG