1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 16:33

 

Acharné à saisir l'instant

Où la sève se change en griffe

En vapeur ou en bien public

 

Où le bois se poussant du coude

Ajoute à son vitrail

Une station horrible ou glorieuse

 

Où la lèpre de l'âme accouche d'un empire

Où la beauté recouvrant la parole

Complote avec l'enfer

 

Chaque jour j'ai dessiné sur ma propre peau

L'arbre unique

Devant lequel on m'a planté

 

Assez près pour qu'à tour de rôle

Nous nous cachions lune et soleil

 

Trop loin pour que nos racines

Se fassent l'amour ou s'étranglent

Comme chèvre au piquet

 

Et que nos branches puissent

Attoucher énerver faire saigner

La même méninge céleste

 

J'ai fait ce que j'ai pu

Au besoin je me relevais la nuit

Pour compléter mon dessin

D'une flèche ou d'un oiseau

D'une pustule ou d'un ponceau

 

J'ai fait ce que j'ai pu pour rien

Puisqu'à la fin je m'écroule

Sous cet amas de portraits

Dont aucun ne coïncide avec un autre

Alors qu'ils me ressemblent tous.

 

 

 

 

Jean Rousselot

Sud / Poésie

n°46/47, 1983

SG