12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 08:30
  

Toute une partie de l'arbre, la partie la plus haute, s'in-

   cline cérémonieusement devant un souffle de vent,

patiente, avisée, apparemment détentrice de la sagesse

   que devrait posséder une telle union de l'espace, de la

   lumière et de la matière.

 

Juste en-dessous, bien qu'effleuré par le même zéphyr à

   peine perceptible, un enchevêtrement de feuilles est

   pris d'un tremblement frénétique,

comme pour essayer de transmettre à cette présence plus

   pacifique au-dessus d'elle ses angoisses, ses sombres

   pressentiments.

 

Et puis certains des segments individuels constituant une

   partie plus lourde, plus stoïque sont soumis, à leur

   tour,

à une pression plus insistante : leur unité rompue, ils

   oscillent irrationnellement ; perçoivent-ils le danger,

   eux-aussi ?

 

Tourmentés, tremblants, ils semblent se demander si on

   ne va pas exiger d'eux une réponse fâcheuse,

s'ils vont pouvoir un jour se repaître à nouveau de l'ichor

   dont pareilles existences inoffensives se nourrissent.

 

Une accalmie à présent, une chaleur dans l'air plus solide,

   semblable à de la gelée, et, dans l'arbre, une attente

   tendue, frémissante ;

les dernières vagues des milliers d'armadas étincelantes du

   soleil roulent et déferlent au travers des branchages.

 

L'arbre est maintenant défini par son volume négatif ;

   l'espace qu'il contient est contenu à son tour par la

   chaleur immobile,

par le temps suspendu et, pour moi, par le sentiment

   langoureux d'être soudain apaisé, dompté.

 

 

 

Poème traduit de l'américain par Michel Lederer

 

 

C.K. Williams

Anthologie personnelle

Actes Sud, 2001

SG