20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 07:09

 

Il y avait autrefois de l'affection, de tendres sentiments,

C'est devenu du bois.

Il y avait une grande politesse de paroles,

C'est du bois maintenant, des ramilles, du feuillage.

Il y avait de jolis habits autour d'un cœur d'amoureuse

Ou d'amoureux, oui, quel était le sexe ?

C'est devenu du bois sans intentions apparentes

Et si l'on coupe une branche et qu'on regarde la fibre

Elle reste muette

Du moins pour les oreilles humaines,

Pas un seul mot n'en sort mais un silence sans nuances

Vient des fibrilles de toute sorte où passe une petite fourmi.

 

Comme il se contorsionne l'arbre, comme il va dans tous les sens,

Tout en restant immobile !

Et par là-dessus le vent essaie de le mettre en route,

Il voudrait en faire une espèce d'oiseau bien plus grand que nature

Parmi les autres oiseaux

Mais lui ne fait pas attention,

Il faut savoir être un arbre durant les quatre saisons,

Et regarder, pour mieux se taire,

Écouter les paroles des hommes et ne jamais répondre,

Il faut savoir être tout entier dans une feuille

Et la voir qui s'envole.

 

 

 

 

Jules Supervielle

Le forçat innocent

suivi de Les amis inconnus

Gallimard, 1969

 

 

 

 

 

Patricia Erbelding

Peinture huile, cire, rouille

2008