2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 07:46

 

L'arbre que l'hiver creuse et qu'il délabre

De terre à ciel est un chemin battu,

Avril aux tendres mains quand viendras-tu,

Quand, rallumer tout le grand candélabre ?

 

Flamme debout qui ne brûle et ne bouge,

Ruisseau qui coule en remontant :

Le feu sans doute a quitté son masque rouge,

L'eau sa robe couleur du temps,

Et s'embrassant dessous la terre dure

Ils se sont fécondés en se battant

Pour qu'un surgeon de la lumière obscure

Jaillisse ainsi dans le ciel de printemps.

 

Corps nuageux vertébré comme un mont,

Flancs que perce un oiseau, qu'ouvre la brise ;

L'été respire à son vaste poumon.

Le grand soleil en mille nuits se brise

Folles de lunes vertes, d'astres troubles

Dans les bas-fonds, et sa face dédouble

Le bleu du ciel en un sommeil de lac,

Une source s'y joue et son murmure

En ces grottes de vie aux sourds ressacs

D'un rêve d'eau ranime la ramure.

 

Lui, couronné de paix et de verdure,

Lui, jubilant d'oiseaux, lui blanc de fleurs,

Lui, nourri de discorde et fort de heurts

En qui la lutte élémentaire dure;

Le tronc farouche au sommet de sa tour

Ourdit ses nœuds, ses fourches, ses détours

Et se poussant de rupture en rupture

Maintient, victorieux, l'architecture,

Pour coucher son automne en la couleur

Du feu dont il est fait, comme en la leur,

L'homme qui saigne et le soleil qui meurt.

 

 

Lanza del Vasto

Le chiffre des choses

Denoël

SG