29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 07:58

 

Un porche, une arche de plein cintre,

Prés et collines, avoine, bois,

Un beau manoir, et, dans l'enceinte,

L'ombre d'un parc obscur et froid.

 

Là, se dissimulant leurs faîtes

Dans la pénombre de l'allée,

Des tilleuls gigantesques fêtent

Leur deux centième jubilé.

 

Leur voûte refermée domine

Une pelouse et des massifs

Que quelques sentiers rectilignes

Vont traversant en raccourci.

 

Pas une tache de lumière

Sur le sable sous les tilleuls.

Seule au loin la sortie s'éclaire

Comme la bouche d'un tunnel.

 

Mais un jour les tilleuls fleurissent

Et dans le parc alors s'épand,

Avec leur ombre, le délice

De leur arôme conquérant.

 

Les flâneurs en chapeau de paille

S'arrêtent tous en respirant

Cette senteur inconcevable

Et que l'abeille seule entend,

 

Qui vous prend au cœur et figure

Alors l'objet et la teneur

Du livre enclos sous la reliure

Du parc et du massif de fleurs.

 

Sur le vieil arbre centenaire,

Rideau tombant sur le logis,

Brûlent sous les gouttes de cire

Les fleurs allumées par la pluie.

 

 

 

 

Boris Pasternak

Ma sœur la vie et autres poèmes

Traduction sous la direction d'Hélène Henry

Gallimard,1988

SG