11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 07:19

 

En vain je ferme ma fenêtre

À la chapelle de cristal de l'âme :

La vie est musique, la vie est bruit,

Elle traverse les murs de diamant,

Et par millions nous parviennent les rires

Les baisers, les anathèmes, les jubilations,

Les plaintes, les supplices, les charmes de la vie.

— Pourtant, il faudrait enfin un grand silence !

 

Tant et tant de choses me font mal !

L'Europe aujourd'hui n'est qu'un volcan.

— Et mon cœur perçoit les tremblements de la terre

Et me fait mal. Ma nation est suppliciée

— Et mon cerveau perçoit les désirs de justice

Et me fait mal ! Le haut lac

De mes rêves est ravagé de cyclones.

— Pourtant il faudrait un grand, grand silence.

 

Le silence ! tel qu'il vit dans le sein de la noix

Suspendue à l'arbre, défendue par double fermeture :

Dehors la verte robe, dedans l'osseuse enveloppe ;

Que vienne l'ouragan sauvage

Se ruer cruellement sur l'arbre ;

Que pleure la nuée, que gémisse le feuillage,

Dans la noix l'esprit du silence

Continue de rire. Il faudrait ce silence.

 

Et vienne l'automne qui jette au sol

La petite noix, comme si elle n'était rien ;

Sa robe se déchire comme une loque,

Mais au dedans le suprême bien sur terre,

— Le silence — est défendu par l'os

Et le silence défend Dieu. La brume s'assombrit

Le givre tombe et la noix n'y contredit pas :

Il faudrait un pareil silence !

 

Et viennent les tourments de l'hiver,

Qui l'ensevelissent sous les feuilles, la neige :

Elle n'en ressent rien au dedans,

Même si dehors un sabbat tourbillonne,

Car en elle sourit le silence,

Et dans le silence les rêves des germes frémissent,

Et son triste présent ne la révolte pas.

Il faudrait un pareil silence !

 

Et voici le printemps. L'osseuse enveloppe

S'effrite, c'est un grand festin de lumière,

Le silence s'éveille poussant les germes :

À l'appel de l'azur céleste,

Émergeant du silence, le germe devient plante

Et dans l'infini, les bourgeons

Avec leurs fins yeux d'anges lancent des signaux,

Il faudrait un pareil silence créateur !

 

 

 

 

Ladislas Mécs

Poésies précédées de Le poète et le peuple 

Traduction par L. Molnos, B. Schwab, G.-E. Tosi

Denoël, 1945 

commentaires