9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 07:38

 

Arbre fraternel qui, cloué

par de gris harpons à la terre,

très haut as dressé ton front clair

dans une intense soif de ciel :

 

rends-moi pieux envers la terre

qui de ses limons me nourrit

sans que s'endorme la mémoire

du pays bleu duquel je viens.

 

Toi qui annonces au passant

tout le bienfait de ta présence

par la fraîcheur de ta grande ombre

et le halo de ton haleine :

 

fais que, dans les champs de la vie,

ma présence soit révélée

par la douce et chaude influence

que j'exercerai sur les âmes.

 

Arbre dix fois dispensateur,

de fruit rosé, bois à bâtir

de brise chargée de parfum

et de feuillage protecteur ;

 

chargé de gomme ou de résine,

plein de douceur et de miracle,

avec ton faix de bras puissants

et de gorges mélodieuses :

 

fais-moi opulent à donner ;

pour t'égaler dans les présents,

que mon cœur et que ma pensée

soient aussi vastes que le monde.

 

Qu'aucune activité jamais

ne vienne à bout de m'accabler ;

que les plus prodigues largesses

coulent de moi sans m'épuiser.

 

Toi chez qui le pouls de la vie

bat sur un rythme si paisible

et qui vois la fièvre du monde

m'agiter et me consumer :

 

donne-moi le calme serein,

donne-moi le calme viril

qui prête aux marbres de la Grèce

leur souffle de divinité.

 

Arbre, qui n'es pas autre chose

que le tendre sein d'une femme,

puisque chacune de tes branches

berce un être dans chaque nid :

 

fais-moi une vaste ramure,

aussi vaste qu'il la faut,

dans le bois humain, à tous ceux

qui n'ont de branche pour foyer.

 

Arbre, qui partout où respire

ton grand corps débordant de force,

dresses perpétuellement

le même geste protecteur :

 

fais qu'à travers tous les états

et les âges, plaisir, douleur,

mon âme ait un invariable,

universel geste d'amour.

 

 

Gabriela Mistral

Poèmes choisis

Rombaldi

SG