3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 18:50

 

Forêts, la nuit, hantées d'une invisible mer

dans les cintres du silence d'où tombe

et nous frôle en volant, telle une apparition

chuintante, l'effraie au masque d'argent...

 

Forêts, pleines d'arbres inconnus, pleines

de clairières inconnues, d'herbe aux senteurs

irrespirées, forêts où l'on s'enfonce comme

en une mémoire étrangère, débusquant involon-

 

tairement un chevreuil aux réflexes d'étoile filante,

un sanglier grognon défouisseur de champignons,

ou quelque tribu d'écureuils qui, pareils aux poètes,

 

soudain s'élancent dans le vide, et se raccrochent

chacun à sa façon aux ramures de l'autre rive, là

où ne vaguent d'ordinaire que fées et magiciens.

 

 

 

Xavier Bordes

À jamais, la lumière

Gallimard, 2001

SG