18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 17:23

  

Les forêts ocellées constellées et chantantes
Aux sources vertes dans le grès
Ailées d’écureuils fous fusant en flammes rousses,
Parcourues de cerfs aux ramures persillées,
De biches aux yeux vagues évasés de velours
De sangliers rugueux fouisseurs et sanguinaires,
Les forêts éclatées crépitant de tonnerres
Les forêts dénudées, vibrantes, de l’hiver,
La forêt du printemps aux bourgeons frais vert tendre
Aérée et gracile en dessin japonais.
Forêts des faux saulniers, des braconniers terribles
Marchant à pas de loup au fond des années mortes,
Forêts des révoltés des bandits et des Jacques,
Les forêts où tintaient les colliers des chevaux
Grelottant de grelots chevaux de diligences,
Et les forêts aussi des porteurs d’escopette.
Les compagnons de la grand’route
Y fumaient leur pipe de plâtre
Près de la mare rousse envahie de roseaux
Au lieu-dit « Sauvez-moi », « Les Ecuries du Roi »,
Ou « La Tombe à l’Enfant » ou « Le Chêne au Pendu ».
Forêts mugissantes, forêts du passé
Croassant de corneilles, éclairées des lumières pudiques
Adorables de primevères. Ô forêt
Dans ton mystère bruissant c’est là que je me sens à l’aise
Dans cette solitude mouvante vivant de bêtes délivrées
Lourde d’yeux peureux et de souffles secrets
Au son des sources délirantes au toc-toc du pic-vert léger
Au soleil glauque des clairières
Dans les sous-bois noirs épais dans cette humidité rampent les salamandres
A peine trouve-t-on le feu d’un bûcheron
Noir de soute et de vent, de sommeil et de poudre
Près de ses femmes aux dents blanches.
Apaise le délire ordonné des étoiles,
Des nuages ailés filant entre les cimes,
Forêt. Apaise-moi de ton silence amer
Et de tes grondements soupirs et tes rumeurs,
Forêt terrestre, maternelle,
Forêt de mes ancêtres et forêt de mes vœux
Qui ne t’auraient jamais imaginée plus belle.
Forêt de mes enfances, ô forêt batracienne

Ô forêt palmipède, ô forêt des plumiers,
Toi, roucoulante de ramiers,
Déchirée de drames intimes
Je te porte en mes yeux, je t’écoute en mon cœur,
Forêt inapaisée, tourment qui n’a de cesse
Mélodieux martyre éternité du vent
Forêt sacrée mourant et renaissant
Sous ses caresses déchirantes…
Bloc d’ombre et de sommeil et de mélancolie
Près sous un ciel lourd bousculé d’embellies.

  

  

 

Maurice Fombeure

Maurice Fombeure par Jean Rousselot

Editions Brissaud

SG