27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 08:51

 

                                                          à J. Vaništa *

 

 

j'écris forêt et forêt est

je dois je vais en forêt chercher du bois

il est temps qu'il fasse plus chaud

 

j'ai peur

alors je chante

 

          je chante forêt et forêt n'est plus — je suis

          comme je suis humble comme je suis puissante

          l'arborescence c'est ce qui est le plus à moi

          je veux m'effondrer je veux me repentir

 

                                               à travers

                                               dans la forêt

 

          les oiseaux en bois dans l'oreille me

          tombent — et feuilles sont-elles

          et la forêt a pleines mains de frayeurs

          et la forêt a les yeux circulaires des bêtes

          et avec le souffle dédoublé

          le feu

          allument-ils

 

qu'est-ce que c'était cela — mon pas trébuché

qu'est-ce que c'était cela — nue est la verticalité

 

j'écris forêt et forêt n'est plus

la limpidité de l'œil est

figée

 

je voyais les chevreuils pleurer

je sortais juste de la forêt. je voyais

presque tout était embroussaillé à peine que se

démêlait dans la forêt le buisson. il brûlait

parlait :

celui qui dans l'œil a l'autel

dans l'œil il lui parlait : meurs

que tu meures. pourquoi tu ne meurs pas

j'arrivais tout juste. sinon j'aurais sûrement

effleuré trouvé

palpant cette source d'où l'on pleure. ma petite

boucle

d'oreille voyait. petit silence à moi. que dans

nulle oreille

je ne puisse m'évader. car toute de sauvagerie

je suis

et attachée à promptitude. je voyais. je suis gris

cristal de roche

je voyais les chevreuils pleurer les pleurs

avançaient sur moi

comme l'odeur suit la pomme et sertissaient ses

pores, à qui

à qui écrivent ces goupilles blanches, je ne les

égarais pas

sinon j'aurais palpé la source d'où l'on meurt

dessiné cette forme larmoyante, et les pronoms

démonstratifs. qu'ils pleurent à jamais

à la place de cet autre homme

          (et en automne quand à nouveau j e

venais j e

voyais : tout a autour de soi son châle

blanc

          et ne m'entend pas ne m'entend pas)

 

 

 

Anka Zagar

Poème mis en français par Nora Bourek

Cahiers Bleus, n° 16, 2004

 

 

 

 

 

Josip Vanista 

 

 * Josip Vaništa, peintre croate né en 1924.

SG