20 avril 2019 6 20 /04 /avril /2019 06:50

 

Le bois fleure à nouveau.

Aux ailes des alouettes, là-haut,

s'élève à la volée

le ciel qui pesait aux épaules.

 

Je sais : l'on voyait le ciel encore au travers des ramures,

— un grand jour vide ;

mais après tant de longues, tant de pluvieuses après-midi

viennent et débordent d'or et de soleil

les heures nouvelles.

Et devant elles, en déroute là-bas,

aux façades des maisons, les fenêtres blessées

pantèlent peureusement à grands coups de battants.

 

Puis le silence : la pluie même glisse plus légère

sur l'éclat tranquillement assombri de la pierre.

Plus de bruits : ils sont tous blottis

aux bourgeons éclatants des pousses.

 

 

 

 

Rainer Maria Rilke

Anthologie bilingue de la poésie allemande

de Heine à nos jours, par René Lasne    

Marabout Université, 1967  

 

 

 

                          

   

 

 

 

Aus einem April

 

 

Wieder duftet der Wald.

Es heben die schwebenden Lerchen

mit sich den Himmel empor, der unseren Schultern

schwer war ;

zwar sah man noch durch die Äste den Tag, wie er

leer war,

— aber nach langen, regnenden Nachmittagen

kommen die goldübersonnten

neueren Stunden,

vor denen flüchtend an fernen Häuserfronten

alle die wunden

Fenster furchtsam mit Flügeln schlagen.

 

Dann wird es still. Sogar der Regen geht leiser

über der Steine ruhig dunkelnden Glanz.

Alle Geräusche ducken sich ganz

in die glänzenden Knospen der Reiser.

 

                                       (Aus : Das Buch der Bilder)

SG