15 octobre 2019 2 15 /10 /octobre /2019 18:00

 

Les feuilles, quelque brève leur vie,

Jamais ne parurent si loin de leur chute aujourd'hui,

Et semblaient tamiser pour nous

La lumière même, frémissante, d'où tombait le temps.

 

L'averse d'un feu, que nous pensions perdu

À jamais, ravive l'air. Où se rencontrent les amis,

Ils parlent les langues du Saint-Esprit.

Les temples d'or bordent la rue dans son éblouissement.

 

Ce n'est qu'une lumière d'érables, qui s'éteindra,

Non sans laver l'œil et le cerveau

D'une couleur, d'un éclat sanguin,

À laisser une trace durable.

 

Ainsi le manteau de Marie, mis à sécher

(Selon la légende, comme toutes les jolies légendes,

     peut-être vraie),

Sur le romarin, humectait les fleurs

Pâles et légères, à les rendre si bleues,

 

Au point de les vouer à jamais à l'azur.

 

 

 

 

Richard Wilbur

Le beau qui change

Traduit de l'anglais par Alain Bosquet

La Différence, 2001

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

October maples, Portland

 

 

 

The leaves, though little time they have to live,

Were never so unfallen as today,

And seem to yield us through a rustled sieve

The very light from which time fell away.

 

A showered fire we thought forever lost

Redeems the air. Where friends in passing meet,

They parley in the tongues of Pentecost.

Gold ranks of temples flank the dazzled street.

 

It is a light of maples, and will go ;

But not before it washes eye and brain

With such a tincture, such a sanguine glow

As cannot fail to leave a lasting stain.

 

So Mary’s laundered mantle (in the tale

Which, like all pretty tales, may still be true),

Spread on the rosemary-bush, so drenched the pale

Slight blooms in its irradiated

 

They could not choose but to return in blue.

 

 

 

 

 

october maples 

SG